Gang de flics

Son modèle, c’est l’Abbé Pierre. Son héros, Missak Manouchian. On est bien loin du grand banditisme, et pourtant… Oui, pourtant Alain Chémédikian marquera l’histoire du banditisme en formant un gang de braqueurs atypique dans les années 80/90, puisqu’il réunissait flics et voyous. « Nos parents, immigrés arméniens, nous ont bien éduqués. Il n’y avait pas trop de sous à la maison, mais ma mère n’était pas prostituée et mon père n’était pas alcoolique. Ce n’est pas de leur faute si je suis parti en cacahuète. Je n’ai aucune circonstance atténuante. J’aurais évidemment préféré que certaines choses n’arrivent pas, mais je ne cherche pas non plus d’excuses. J’étais parfaitement conscient au moment des faits pour lesquels j’ai été condamné » : dès le début de ce livre-confession cosigné avec le journaliste police-justice Frédéric Ploquin, le « Taureau » du gang des Ripoux de Lyon plante le décor. De la cité ouvrière de Décines, dont il est originaire et où il allait à l’église arménienne chaque dimanche, il a glissé progressivement dans l’illégalité, « bêtement ». Pour ceux qui ne connaissent pas cette affaire décrite comme l'une des plus importantes de l'histoire criminelle en France, Alain Chémédikian est l'un des quatorze malfaiteurs des Ripoux de Lyon, auteurs de 62 hold-up entre le 9 mars 1986 et le 12 novembre 1990. C'est également lui qui a été inculpé de vols avec violence ayant entraîné la mort pour son « coup » au Leclerc de Firminy, faisant deux veuves et quatre orphelins de père en quelques secondes. Une fois arrêté et après six ans d'instruction, Alain Chémédikian est jugé le 23 février 1996 suite à un éprouvant procès de deux mois. Douze heures de délibérations sont nécessaires pour prononcer des peines : Alain Chémédikian écope de la peine la plus lourde, à savoir trois décennies derrière les barreaux. Après de multiples demandes de remise en liberté refusées, il est finalement relâché, pour bonne conduite, au bout de 20 ans, le 28 janvier 2009. 20 ans jour pour jour après la mort d’Alain Monnier, 50 ans, convoyeur de fonds assassiné par les membres du gang des Ripoux de Lyon. Alain Chémédikian refuse, lui, de se voir comme un tueur, préférant mettre en avant une époque où les voyous avaient encore, selon lui, des « valeurs ». Une fibre sociale qui est la sienne et qu’il met en avant, sans pour autant glorifier son passé dans ce livre-témoignage qu’il a souhaité surtout faire pour que sa famille comprenne son parcours.